A la gare du Nord

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Jeudi matin, 17 avril. A la gare du Nord.. Neuf heures et demie. Le rapide d’Angleterre, par Calais, va bientôt partir et en tête de la file des longs wagons verts, l’énorme locomotive « chocolat » qui, d’un même effort va dévorer les 298 kilomètres qui séparent Paris de la jetée de Calais, halète à intervalles rythmés. Un monsieur arrive rapidement, accompagné de quatre jeunes filles.

Valises, caisses, cartons, parapluies, manteaux, couvertures, tout ce qu’il faut pour voyager. Les jeunes filles ont l’air triste un peu et le monsieur cherche à les réconforter. Un autre monsieur est là, qui observe la scène avec attention. Il s’approche du groupe et après quelques mots brefs, tous ainsi que les valises, manteaux, couvertures et chapeaux, disparaissent dans un bureau de la gare. Un coup de sifflet prolongé, un son rauque de corne, un autre coup de sifflet de la locomotive, le rapide démarre et peu à peu disparaît vers le pont Marcadet.

Pendant ce temps, dans le bureau du commissaire de police de la gare, le premier monsieur, accompagné des quatre jeunes filles qui pleurent, essaye de prouver qu’il est fonctionnaire du gouvernement et explique qu’il a été prié par un de ses amis, couturier à Londres, d’escorter jusqu’en la capitale britannique quatre petites ouvrières parisiennes embauchées par le couturier à Paris, le mois dernier :

Est-ce pour les embaucher ou pour les débaucher ? interroge sévèrement le commissaire.

Et les petites de pleurer encore davantage, durant que le monsieur proteste de son honnêteté, sort de ses poches des papiers, des cartes pour servir de références…

Si jamais on le reprend à rendre service à un ami…

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.