C’est le chat !

paintings-cats-1920x1200-wallpaper-1636581C’est le chat ! locution proverbiale née de l’accusation mensongère trop souvent portée contre la dynastie des Rominagrobis. Le chat n’est-il point, en effet, l’éditeur responsable de toutes les maladresses des serviteurs, de tous leurs gaspillages, de toutes leurs gourmandises ? Qui a brisé ? Qui a dérobé ? Qui a sali ? Qui a dévoré ? C’est le chat ! toujours le chat ! L’office et la cuisine sont remplis de chats imaginaires qui mettent tout au pillage.

Vous les voyez ici représentés et à l’oeuvre; c’est l’illustration du conte que la cuisinière racontera ce soir à sa maîtresse, Iliade peinte de cet Achille à qui tous les désastres sont attribués par l’ennemi.

Juste conséquence des fâcheuses renommées ! la calomnie a le champ libre parce que le caractère de l’accusé rend tous les crimes vraisemblables. La mauvaise réputation ne nous fait pas seulement responsables des crimes commis, mais de ceux que nous pourrions commettre. Quoi qu’en ait dit la Fontaine dans les Animaux malades de la peste, le rôle de bouc émissaire incombe moins souvent à l’inoffensif maître Aliboron qu’aux maraudeurs de garde-manger, de basses-cours ou de bergeries. À chaque méfait on dira moins : C’est l’âne ! que : C’est le renard ! C’est le loup ! C’est le chat !

Ah ! si ces derniers pouvaient jamais prendre la parole, que de mensonges domestiques ! combien de vertus hypocrites descendraient à leur tour sur la sellette ! Et hors de la cuisine même, que de choses et de personnes servent ainsi à masquer nos méchantes actions. Moralistes moroses qui accusez le siècle; esprits timides lançant l’anathème sur tout ce qui s’écrit; misanthropes qui attribuez chaque malheur à la méchanceté des hommes; satiriques anathématisant tour à tour l’enthousiasme, la poésie, l’amour: n’imitez-vous pas la servante trompeuse ? n’avez-vous point aussi votre chat, sur lequel tout retombe aveuglément ? Hélas ! ce n’est point seulement à la cuisine que l’on s’efforce de charger un autre de ses propres sottises; le monde entier n’est occupé que de cela.

Chacun cherche sur qui ou sur quoi il peut rejeter sa faute; celui qu’on accuse toujours le dernier c’est soi-même, et tous les hommes pourraient prendre pour devise, comme la cuisinière de notre artiste, la phrase populaire et symbolique : C’est le chat !

« Almanach du Magasin pittoresque. »  Paris, 1855.

 

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8 réflexions sur “C’est le chat !

  1. 1855? (Ce cher magasin pittoresque). 160 ans. Ma Doué. Mais d’après ce que je vois et j’entends, de loin, de la bouche de nos (infâmes) politiciens, rien n’est leur faute, « C’est le chat »!
    « C’est le chat » qui est responsable du chômage, de la crise, de la violence.
    Et voilà, il suffisait d’y penser.
    🙂
    Merci, Gavroche, de cette leçon de « science » politique.

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