Cadet-Rousselle

cadet-rousselle

Cadet-Rousselle n’est pas un personnage fabuleux comme le Juif errant. L’air de sa chanson nous est venu du Brabant vers 1790.

Il y avait à Cambrai, vers cette époque, un pauvre diable, faible d’esprit, qui possédait une aptitude spéciale ; à l’aide d’un canif, il découpait ou plutôt dessinait dans un morceau de papier posé sur une planchette des oiseaux, des fleurs, des édifices, merveille de patience, d’adresse et de finesse, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à des dentelles.

Plutôt grand que petit, maigre, mal vêtu d’une longue casaque d’un gris roussâtre, ayant pour coiffure un tricorne tout déformé qu’il portait presque constamment sous son bras, il tenait sous l’autre un portefeuille renfermant des chefs-d’oeuvre. Il les distribuait parfois aux enfants, ce qui lui valait de la part des parents de légers secours qui le faisaient vivre.

Sa tournure grotesque était devenue l’objet des lazzi des gamins. Quand ils le rencontraient ou le voyaient s’arrêter devant un monument pour le reproduire à sa façon, tous d’accourir, et l’entourant à distance respectueuse, de lui chanter à tue-tête :

Cadet-Rousselle à un habit, ♫
Il est doublé de papier gris… ♪

Mis hors de lui, par ce refrain, le pauvre homme se lançait à toutes jambes à la poursuite de ses persécuteurs.

Un jour les enfants s’aperçurent que leur souffre-douleur avait disparu. Cadet-Rousselle était allé planter sa tente à Douai. Il y pratiqua les répliques de son art favori, mais il s’y livra plus ouvertement à la mendicité.

Le jour, il s’installait sur une vieille chaise, non loin du portail de Saint-Pierre, avec sa planchette sur ses genoux, tendant la main aux passants ; le soir, il couchait sur de la paille dans un vieux four banal abandonné, place Saint-Nicolas.

Un matin de 1820 ou 1821, on trouva le mendiant à sa place habituelle, à moitié mort. On le transporta à l’hôpital, où il mourut complètement insensé.

On fouilla son domicile, on n’y recueillit que quelque menue monnaie. Il paraissait avoir appartenu à une honnête famille.

Des recherches faites dans les états civils de Cambrai et de Douai n’ont pu faire connaître son véritable nom. Qui sait si ce n’est point là un douloureux mystère qu’il vaut mieux laisser inexpliqué ?

« Chérubin. »  Paris, 1870.

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4 réflexions sur “Cadet-Rousselle

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