Poissons fantastiques

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Nous ne donnons ces poissons fantastiques que comme un échantillon de la crédulité de nos pères. Il y a plusieurs siècles, on croyait de bonne foi que les poissons avaient leurs moines et leurs évêques. On en donnait même des portraits dans le genre de ceux que voici, et on les accompagnait de merveilleuses histoires.

Ainsi, une grande chronique des Pays-Bas rapporte que, « en 1433, au delà de la Pologne (ce qui est bien vague), on avait péché un poisson mitré, marchant sur deux pieds, » et, pour achever la ressemblance, tenant une crosse à la main. Le roi de Pologne aurait gardé quelque temps ce monstre, mais le chagrin du prisonnier en étant extrême et les évêques polonais ayant intercédé pour lui, on le reconduisit en cérémonie à la mer, où il se replongea en saluant l’assistance. En reproduisant ce récit, les auteurs du Dictionnaire de Trévoux le traitent avec raison de « fable à laquelle on ne peut se méprendre. »

Outre le recueil auquel nous empruntons nos deux figures, une Histoire universelle des Poissons et Monstres marins, imprimée à Paris en 1584, reproduit la fable de l’évêque et du moine. Par exemple, ce n’est plus en Pologne, mais du côté de Boulogne qu’il affirme qu’on a trouvé cet évêque. La date aussi est changée. Le fait aurait eu lieu en 1521. Le poisson prisonnier aurait seulement demandé par signes à être rendu à la mer, absolument comme son confrère de 1433.

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Quant au moine de mer, on en fait le monstre le plus féroce. Il joue volontiers sur l’eau pour attirer le passant, et si le malheureux vient le regarder de trop près, il se jette sur lui, « le tire au parfond de la mer et se saoule de sa chair. »

Il va sans dire que de tels monstres n’ont jamais existé. La meilleure preuve qu’on en pourrait donner serait la comparaison des gravures de l’an 1562, que nous donnons ci-contre, à celles du livre de 1584 dont nous parlions tout à l’heure. En vingt-deux ans, on a notablement embelli les figures de l’évêque et du moine qui ont vraiment des têtes humaines, tandis qu’ici ils n’en ont que l’apparence.

Si on cherche les poissons qui présentent quelque analogie avec le moine de mer, on ne trouve qu’une espèce de squale appelé monk (moine) en Angleterre. Il se distingue par une bouche placée à l’extrémité de son museau et par des nageoires pectorales assez volumineuses pour figurer à la rigueur un appendice en forme de camail. Il est plus probable cependant que nos monstres marins étaient de simples phoques (espèce alors peu connue).

« La Mosaïque. » Paris, 1873.

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