Causerie sur Ies avocats

avocat

On appelle barreau le lieu où se placent les avocats pour plaider ou écouter, et par extension, cette dénomination s’applique aussi à la profession elle-même de l’avocat.

Cette profession remonte à la plus haute antiquité. On la retrouve chez les Hébreux, les Babyloniens, les Chaldéens, les Egyptiens et les Grecs. Les plus illustres avocats furent, chez ces derniers : Aristide, Périclès, Thémistocle et Démosthènes.

Leurs orateurs ne devaient soutenir que la vérité et ne pas chercher à séduire les juges par des moyens illicites; le tribunal était un lieu saint, que ne devait souiller aucun mensonge : on l’arrosait d’une eau lustrale avant l’audience, pour avertir les intéressés de l’incompatibilité de la justice avec l’imposture, l’astuce, la déloyauté et la partialité.

Il fut défendu aux avocats d’exciter la pitié des juges, et à ceux-ci de regarder l’accusé pendant le plaidoyer. Chaque orateur ne pouvait parler plus de trois heures, et l’on plaça dans l’auditoire des clepsydres, espèces d’horloges hydrauliques, destinés à le lui rappeler. Le plaideur devait observer dans ses gestes et ses paroles la plus stricte décence et rester toujours modeste; il devait s’abstenir de toute invective, ne témoigner ni impatience, ni colère; ne faire aucune démarche auprès des juges en faveur de son client, et sortir tranquillement de l’audience, sans attrouper personne. Une amende de 30 à 50 fr. était infligée aux contrevenants.

L’exercice du barreau était limité; n’étaient pas admis à le pratiquer : les esclaves, les débauchés, ceux qui avaient manqué à leurs parents, refusé d’accepter quelque fonction publique ou de défendre la patrie en danger; les prodigues et enfin les femmes. Jusqu’au Ve ou IVe siècle avant J.-C, la profession d’avocat ne fut point rétribuée. Antiphon fut le premier orateur qui reçut des honoraires de ses clients.

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Chez les Romains, le barreau fut, sous la république, le chemin de la gloire : c’était alors la voix du peuple; sous l’empire, il ne fut plus que la voix du palais ou du clergé. On n’entendait plus guère d’improvisations; les uns lisaient leur plaidoyer, les autres le récitaient. Le disciple du barreau devait prendre des leçons de gestes et de maintien. La péroraison était le moment dramatique, et les avocats romains y excellaient. « L’un découvrait les plaies de son client; l’autre, feignant de voir l’accusateur brandir un glaive, fuyait d’un air épouvanté, puis, revenant en se cachant la figure, demandait si le meurtrier avait disparu. »

Le style des plaidoyers était sans mesure, sans éclat, sans dignité et sans goût, le barreau avait dégénéré; les avocats tombaient dans le remplissage et la divagation. On distingua bientôt trois sortes d’avocats : les fougueux, les aboyeurs et les braillards. Chaque orateur avait sa claque qui se réunissait à la porte du tribunal. Les claqueurs recevaient quelque argent ou quelques bribes à manger; puis, ils envahissaient les gradins, et leur chef, placé au milieu d’eux, donnait, suivant les circonstances, le signal des murmures, des trépignements ou des hurlements. La profession d’avocat était, paraît-il, lucrative, car un nommé Régulus y acquit une fortune de douze millions.

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Nous terminons en jetant un coup-d’oeil rapide sur les diverses phases par lesquelles passa le barreau en France, à partir de l’époque de Charlemagne.

Les Capitulaires de ce monarque n’admettaient à cette profession que des hommes doux, pacifiques, craignant Dieu et aimant la justice. 

Sous Saint-Louis, les avocats jouissent de la plus grande considération. L’un d’eux, Gui Foucaud, est élu pape sous le nom de Clément IV. Sous ce règne, l’histoire du barreau fut marquée par la Pragmatique-sanction et les Etablissements.

Sous Philippe IV, les Juifs, les hérétiques, les excommuniés, furent exclus du barreau. C’est de cette époque que datent la procédure et la noblesse de robe.

Le règne de Philippe V est marqué par la loi salique, subterfuge trouvé par les légistes pour justifier l’usurpation du monarque sur les droits de sa nièce.

Le barreau périclite au XVe siècle, mais se relève au siècle suivant, et brille du plus vif éclat sous Louis XIII et Louis XIV.

Les règnes suivants présentent les débats occasionnés par la bulle Unigenitus, la dissolution du parlement par Maupeou et les constitutions des Jésuites.

La Révolution, abolit l’ordre des avocats (décret du 11  septembre 1790). Cet ordre fut reconstitué l’an XII. Aujourd’hui le corps des plaideurs est plus nombreux, plus remuant que jamais.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  Volume 3, 1865.

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