Le truc de la double cage

double-cage

Le truc de la double cage est une variante des effets d’escamotage d’une personne, dont on a usé sous toutes les formes. On se sert assez souvent de la réflexion de un ou plusieurs miroirs pour obtenir cette illusion. Le truc dont nous allons parler a cette particularité de se passer de l’auxiliaire des miroirs; aussi produit-il un effet plus saisissant, car le public à qui l’on a servi des combinaisons de réflexions sous toutes les formes, commence aujourd’hui par chercher, dans un truc de ce genre, l’endroit où les glaces qui l’abusent peuvent être placées, ce qui n’est guère difficultueux.

Dès lors, le truc perd tout charme, et le prestidigitateur en est pour ses peines. La première règle d’une illusion théâtrale c’est d’être inexplicable, au moins sur le moment. Passons maintenant au truc des deux cages.

Sur la scène sont apportées deux cages; ces cages sont construites en voliges, à claires-voies. Le prestidigitateur, dans son boniment, fait remarquer que ces cages sont bien à jour, qu’il n’y a nulle supercherie dans la construction. Mais comme les spectateurs ne sont pas tenus de se rapporter à sa seule affirmation, il tourne autour des cages, toujours en parlant, et l’on ne cesse d’apercevoir son individu au travers des ajours, d’autant qu’il a pris soin d’ouvrir les deux battants de chacune des portes. Il se glisse même sous les planchers des cages, pour bien montrer que l’espace est vide et ne contient aucun engin à miroir propre à dissimuler le passage d’une trappe. Cela fait, il tire les stores de soie rouge qui sont enroulés à ressort sur des cylindres et placés au sommet intérieur de chacun des battants de porte. Il entre dans chaque cage el baisse des stores identiques, qui couvrent les côtés latéraux. Il ferme les portes, et presque au même instant il ouvre tout grand les deux battants de la porte de la cage de gauche; on aperçoit une femme vêtue d’un costume oriental, que le prestidigitateur amène à l’avant- scène, pour que le public la voie et, sous un prétexte quelconque, il la ramène à la cage dont il l’a tirée. Il referme les portes sur elle, puis, comme s’il désirait lui adresser une dernière parole, il ouvre vivement la porte et l’on voit, à la place de la femme, un personnage masculin, pourvu d’une longue barbe blanche et vêtu d’un costume non moins oriental.

L’opérateur joue la stupéfaction; mais à l’étonnement du public, les stores de la cage de droite, se lèvent soudainement, les deux battants s’ouvrent, et l’odalisque qui était tout à l’heure dans la cage de gauche apparaît dans celle de droite. Eile saute sur la scène; le prestidigitateur semble, la poursuivre, ils tournent tous deux autour des deux cages, et. même tous trois, car l’Oriental à la longue barbe s’est mis de la partie. C’est un moyen de prouver au public que. les cages sont bien transparentes.

La femme est reprise, réintégrée dans la cage de droite, dont le prestidigitateur abaisse les stores, et pour être bien sûr que la femme ne s’évadera pas de nouveau, un fil d’appel est accroché au sommet de celte cage, que l’on enlève à 1 mètre du sol. Le prestidigitateur ferme les portes; pendant ce temps, l’homme à la barbe blanche s’est replacé dans sa cage. Ces portes sont encore une fois fermées; celles de la cage de droite s’ouvrent d’elles-mêmes, mais la femme a disparu. Avant qu’on ait eu le temps de s’émerveiller, les portes de gauche s’ouvrent, tandis que la cage de droite est encore en l’air : au lieu de l’homme enfermé, on découvre l’odalisque. C’est le summum d’effet du truc, et le plus perspicace se demande comment une femme enfermée dans une cage suspendue en l’air, a pu passer au travers de l’espace sans qu’on la voie, dans une autre cage placée à 2 mètres de la première.

Voici l’explication de ce truc ingénieux. Il faut d’abord remarquer que la scène est couverte d’un tapis vert sombre et fermée par un rideau flottant de la même couleur. Sur cette coloration presque noire, les cages peintes en blanc n’en paraissent que plus grêles; elles sont placées à 0m,40 de ce rideau, de façon que le prestidigitateur el les deux acteurs puissent passer derrière dans les différentes péripéties. Si l’on considère attentivement la gravure, qui n’est autre qu’une photographie faite d’après nature, et gravée ensuite, on remarquera que chacune des cages porte sur cinq pieds, alors qu’en bonne logique quatre pieds seraient suffisants. Pourquoi ce cinquième pied ?

Ce cinquième pied soutient une petite plate-forme extérieure qui communique avec l’intérieur au moyen de la cloison du fond; cette cloison se divise également en deux battants à jour, puisqu’on voit le prestidigitateur et ses acolytes, lorsqu’ils circulent derrière. Ces battants sont donc à claire-voie. L’espace à jour est égal à l’espace plein, de sorte que le barreau blanc est doublé d’un autre qui circule à glissière et qui aveugle le vide; ce second barreau est peint en vert sombre, du ton du rideau.

Reprenons le truc; le prestidigitateur commence par montrer ses cages à jour, puis il baisse les stores et ferme les cages. Les stores sont destines à mas-quer aux spectateurs de face et de côté ce qui va se passer dans la cage. La femme passe au travers de la draperie du fond de la scène; elle monte sur la plateforme, entre dans la cage; première apparition. Plus tard, l’homme prend sa place dans la cage tandis qu’elle se retire à l’extérieur. Elle passe derrière la draperie du fond, entre dans la seconde cage, dont les stores sont baissés; elle n’a qu’à provoquer la détente d’un déclic pour que ces stores se relèvent.

Lorsque la cage est enlevée en l’air, elle se retire encore une fois sur la plate-forme extérieure. Elle ferme les glissières qui bouchent les ajours, si bien que la cage paraît être vide lorsque les portes s’ouvrent. Le plancher est plombé aux endroits nécessaires pour éviter tout basculement dans cette manoeuvre.

Cette femme semble passer d’une cage dans l’autre, dira-t-on ? Elle semble en effet, car ce n’est pas elle qui apparaît dans l’autre cage, mais bien un double, c’est-à-dire une autre femme, de même taille, et habillée d’un costume semblable. On remarquera que cette femme est voilée jusqu’aux yeux, pour éviter que le public ne saisisse la dissemblance des traits, car ce truc s’exécute le plus souvent dans de très petites salles, et pour ainsi dire sous les yeux du public, ce qui ajoute encore à son apparence mystérieuse.

« La Science illustrée. » G.Moynet, Paris, 1896.

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