Grand’maman

femme

Grand’maman ?

Mon Dieu, oui, mesdemoiselles, voilà une Grand’maman.

Comment ! cette svelte créature en élégant costume de cheval, qui incline vers nous sa jolie tête à la chevelure blonde artistement étagée, et dont la main fine tient une cravache avec la grâce et l’assurance d’une Diane Vernon, est une aïeule ?

J’ai l’honneur de vous le répéter, mesdemoiselles : voilà grand’maman !

Mais c’est qu’elle est charmante, grand’maman !

Elle est charmante en effet, et distinguée et ravissante ! et pourquoi ne le serait-elle pas ? Singulier cerveau que celui des petits-enfants. L’idée que leurs grands-parents ont été jeunes, beaux, fringants, merveilleux, comme eux, en leur temps, s’acclimate lentement chez eux.

En particulier les jeunes filles admettent difficilement, et souvent avec un sourire d’incrédulité, que leur grand’maman n’ait pas toujours été l’excellente bonne femme, plus ridée qu’une pomme cuite, cachant sa tête chauve comme un boulet de canon sous un bonnet de forme et de couleurs surannées, qu’elles ont connue de visu ou par ouï-dire, dans leur enfance.

Elle se la représentent volontiers comme une bonne vieille, bien vieille, bien vieille, en robe de soie puce; toujours assise dans un fauteuil monumental, avec un chat pelé sur les genoux, et des lunettes gigantesques sur le nez.

Mais penser que leur grand’maman a été une des beautés de son époque; qu’on lui a adressé les compliments et les madrigaux qu’on murmure à leur oreille maintenant, est une chose qui leur semble presque plaisante.

Et pourtant grand’maman, mesdemoiselles, fut comme vous admirée et fêtée. On citait ses toilettes. Et lorsque, dans l’habit d’amazone que vous montre son portrait, elle apparaissait dans une partie de chasse, ou sur une des promenades à la mode de son temps, la foule s’écartait devant elle en faisant entendre un murmure flatteur.

Et peut-être, l’encens qui lui montait aux narines alors, c’est-à dire à la fin du dix-huitième siècle, était-il plus pur et plus « littéraire » que celui que vous respirez maintenant dans les salons de Paris.

« Musée universel. »  Ernest d’Hervilly, Paris 1873.

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Une réflexion sur “Grand’maman

  1. Il faut dire aussi qu’on ne montre pas ou rarement aux enfants une photo de leur grand-maman dans la splendeur de sa jeunesse….Ceci dit , même voutée et ridée , si nous l’avons aimée comme elle nous a aimés , elle reste belle en notre mémoire ………( c’est le cas pour moi en tout cas …..)

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