L’église d’Arreau

Arreau

Dans un temps très ancien, l’Eglise d’Arreau s’était écroulée. Il s’agissait de la faire reconstruire. Dans ce but, les trois hommes les plus intelligents de la commune sont envoyés auprès de l’évêque de Tarbes.

Bonjour, Monseigneur.

Bonjour, mes amis.

Monseigneur, l’Eglise d’Arreau, elle est démolue.

Que dites-vous ?

L’Eglise d’Arreau. elle est démolue, démolue.

L’évêque réfléchit, ouvre de grands yeux, se gratte la tête :

Démolue ! Démolue ! Je ne comprends pas !

Nos trois messagers, les plus intelligents d’Arreau, répètent encore avec beaucoup d’ensemble et d’une voix très forte qui fait honneur à leurs poumons :

Oui, Monseigneur, l’Eglise d’Arreau elle est démolue.

Nouveau geste effaré de l’évêque.

Le plus fin des trois habitants d’Arreau, s’avance un peu plus près du grand dignitaire de l’Eglise. Sa physionomie révèle un violent combat intérieur.

Oui, Monseigneur, elle est toute démolue, en haut, en bas, par terre, démolue.

L’église par terre, avec de la molue. Eh bien, mangez-là.

Mais non, Monseigneur. Comprenez donc, voyez donc. Et notre homme fait un grand geste indiquant l’écroulement d’une chose.

L’évêque a compris :

C’est bien, mes amis. On vous fera construire une belle église toute neuve. Allez en paix.

Les habitants d’Arreau étaient dans la joie. Ils avaient leur église.

Mais, ici bas, le bonheur est de courte durée. Cette belle église était dépourvue d’encensoir.

Les trois intelligents d’Arreau sont encore délégués auprès de l’évêque. L’histoire a conservé leurs noms. C’étaient Caditou, Jeantou, Johannot.

Ils partent pour Tarbes. Sur la route, ils se chamaillent. Il s’agit de savoir qui parlera le premier. C’est Caditou, dans la précédente et fameuse audience qui a parlé le plus longtemps et fait le geste si bien compris de l’évêque.

You qu’ey parlat lou darrer cop, dit-il.

Mais cette fois c’est Johannot qui est désigné. Nos trois intelligents d’Arreau sont introduits. Johannot s’avance le premier, faisant tourner son béret entre ses mains.

Bonjour, Monseigneur.

Bonjour mes amis. Eh bien, vous l’avez votre Eglise. Etes-vous contents ?

Oui, Monseigneur, l’Eglise d’Arreau elle est remolue, s’écria Johannot. Mais vous savez… vous savez… le petit chose, qui sent bon pendant les vêpres.

L’évêque fait signe qu’il ne saisit pas très bien.

Mais, Monseigneur, la chose qui fait comme ça…

Johannot balance le bras à droite. L’évêque ne bronche pas, regardant toujours les trois intelligents d’Arreau. Alors Jeantou, qui n’avait encore rien dit :

Vous allez comprendre, Monseigneur.

II se rend dans le jardin, suivi de l’évêque et de ses deux collègues. Jeantou prend une pierre, tire de sa large poche une longue ficelle à laquelle il attache la pierre. Il imprime à cette fronde un mouvement de balancier, disant toujours :

Droite, gauche, gauche, droite.

Monseigneur reste impassible. Cadétou, la figure empourprée, s’avance: l’honneur de la ville d’Arreau est en jeu.

Ah ! cette fois, Monseigneur il va comprendre.

Il prend la ficelle des mains de Jeantou.

Regardez bien, Monseigneur. Attention, le petit chose que nous voulons, il fait comme ça :

Une : De vous à moi.

Deux : De moi à vous. De vous à moi, de moi à vous.

Cette fois la pierre lancée avec force frappe le nez de l’évêque.

—  J’ai compris, dit-il en souriant. Allez en paix. Vous aurez le petit chose.

Et c’est depuis cette époque que l’Eglise d’Arreau peut montrer orgueilleusement aux étrangers le plus merveilleux des encensoirs.

« Revue des traditions populaires. »  Paris,1919.

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