Thomas Edison

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Le nom propre qui est à la tête de cet article n’est assurément point inconnu; le monde entier l’a prononcé, et les Etats-Unis le redisent avec une légitime fierté. Il porte, du reste, la marque distinctive de son pays, l’esprit pratique, l’esprit de déduction logique, et cette fièvre de marcher vite qui distingue le peuple américain.

Dernière venue de la civilisation, l’Amérique, avec un élan prodigieux, tend à se mettre au niveau de la vieille Europe. Pour y parvenir, elle n’a rien négligé. Tranquille dans sa force et dans ses institutions républicaines, qui laissent libres toutes les activités; de son intelligence, dégagés des sots préjugés qui travaillent notre société, n’ayant point à entretenir de ces armées permanentes qui sont pour les nations de notre Continent toujours une ruine et souvent une menace à l’intérieur, elle prodigue son or aux écoles; elle en a fondé partout avec une prodigalité et une magnificence dont nous n’avons aucune idée. Là-bas, les idées religieuses ne font point obstacle au mouvement, et les ministres, de quelque culte qu’ils soient, sont formellement exclus des établissements scolaires de l’État, ayant d’ailleurs toute liberté de fonder des séminaires qui vivent du salaire que les fidèles et les élèves peuvent leur apporter.

C’est par centaines de millions qu’il faut compter les dons que l’initiative privée a consacrés aux écoles, et les généreux donateurs n’attendent pas l’heure de leur mort pour doter ce grand service national dans lequel les femmes jouent un rôle prépondérant. Elles professent au sein des plus grands collèges de l’Union, et leurs leçons, de l’avis des personnes qui y ont assisté, valent celles des doctes professeurs d’Oxford ou de Cambridge.

La méthode américaine diffère complètement de la nôtre. Chez nous, par exemple en histoire, le maître s’efforce d’inculquer à ses élèves l’opinion qu’il s’est créée sur tel ou tel fait et souvent même il l’impose. En Amérique, rien de semblable. Le savant M. Hippeau, qui, il y a quelques années, visita, par ordre de notre gouvernement, les institutions scolaires des Etats-Unis, raconte le fait suivant :

Etant entrés dans une école, il pria le professeur de vouloir bien adresser une question à ses élèves. Aussitôt le maître dit :  . 

X…, apprenez-nous ce que vous savez de Charles Ier, roi d’Angleterre.

Aussitôt X… se leva, donna une biographie de Charles, les principales dates de son régne, et, arrivé à la catastrophe sanglante qui le termine, il s’éleva avec énergie contre les Puritains et Cromwell.

A votre tour, Y… 

L’écolière, car c’était, s’il m’en souvient, une jeune fille, se leva; et, après avoir énuméré rapidement les principaux actes de la vie de Charles, s’arrêtant à la tragédie de White-Hall, elle dit résolument que les Puritains avaient justement frappé un prince sceptique et sans foi. Le professeur écouta avec le même maintien ces deux opinions contradictoires, et comme M. Hippeau lui en témoignait quelque étonnement, il lui répondit que sa mission se bornait à enseigner les faits, à montrer leur enchaînement logique, laissant aux élèves le soin de les juger. Vous imaginez-vous en France quelle belle boule noire aurait eue, et aurait peut-être encore, un aspirant bachelier s’il venait dire que Charles Stuart a été justement frappé !

De son école, le jeune Américain sort donc instruit, mais indépendant; on ne l’a point courbé et violenté pour le faire entrer dans un moule qui n’est pas le sien.

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Né d’une condition modeste, Thomas Edison ne semble pas avoir suivi les cours de ces grandes universités. Comme Watt, Stephenson, Monge, Ampère, il paraît être de la famille de ces grands esprits qui se fécondent eux-mêmes par une méthode qui leur est propre. Edison n’a donc eu qu’une instruction rudimentaire; mais s’il a peu reçu des autres, il a énormément travaillé par lui-même et sur lui-même. A l’âge de vingt et quelques années, quoique presque sourd de naissance, il entra dans le service des télégraphes. Dès la première année de ses modestes fonctions, il fit une invention, et une fois ce premier pas, il ne s’arrêta plus, partant de ce principe que toute théorie scientifique doit aboutir à des faits pratiques. Dans cette voie, il marcha à pas de géant. En l’espace de dix années, Edison a pris cent soixante-dix brevets.

Sans compter ses étonnantes merveilles du téléphone et du phonographe, il a imaginé le stock télégraphe qui transmet, avec la rapidité de l’éclair, les cours de bourse sur toutes les places du monde; le quadruplex, appareil qui permet de transmettre à la fois quatre, dépêches par le même fil; l’électromotographe, télégraphe sans électro-aimant; la plume électrique, d’un usage très facile, qui permet de reproduire l’écriture à un grand nombre d’exemplaires; l’aéraphone, donnant à la voie humaine une portée supérieure de cinq cents fois son intensité première; l’encre pour les aveugles, qui, en séchant, fait gonfler le papier et donneà l’aveugle le moyen de lire avec le doigt; le mégaphone, dont le sourd peut se servir comme nous nous servons de jumelles pour voir, etc., etc. Si nous voulions énumérer toutes les découvertes d’Édison, jeune encore, nous n’en finirions plus.

On sait que Watt, qui n’a jamais pu distinguer une note d’une autre, fabriqua cependant un orgue et améliora ce magnifique instrument; maintenant, phénomène curieux, voici Un savant presque sourd, Edison, qui fait un véritable révolution dans le domaine de l’acoustique. A; cette heure, c’est vers la lumière qu’il semble tourner ses efforts; il cherche à perfectionner le papier de tenture lumineux, qui doit éclairer la pièce qui en est tendue tant que durent les éléments chimiques dont il est verni. Enfin, il annonce qu’il a résolu le problème de la canalisation de la lumière électrique, prodigieuse découverte destinée à bouleverser le système d’éclairage du monde, entier.

Ah ! si Franklin pouvait revivre, comme il serrerait Edison dans ses bras !

« Musée universel. » Spectator, Paris, 1878.

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