Les combats de coqs en Flandre

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Après avoir donné la description des combats de coqs en Angleterre et à Manille, l’une des îles Philippines, Pierre Larousse dit assez naïvement:

« On a plusieurs fois essayé d’acclimater chez nous ce genre de distraction: Ces tentatives, Dieu merci ! ont complètement échoué. »

Erreur ! ces spectacles ont lieu dans le Nord de la France depuis des siècles, et il ne paraît pas qu’ils soient sur le point d’être abandonnés. En 1852, un arrêté préfectoral a supprimé cet amusement dans toute l’étendue du département du Nord, mais on peut dire que jamais peut-être aucun acte administratif n’a été moins respecté.

Heureux de faire pièce à l’autorité, à partir de ce moment, avec une ardeur nouvelle, les coqueleux se sont livrés clandestinement à leur jeu favori dans des fermes, des maisons particulières, partout, enfin, où ils espéraient échapper à la surveillance de la police. D’autres allaient tout simplement en Belgique, où les combats dont il s’agit ont toujours été en honneur, et des aubergistes, des cabaretiers, des charcutiers, etc., qui n’y trouvaient point leur compte, adressaient des plaintes aux autorités municipales et départementales, lesquelles ont, en fin de compte, comme on dit, fermé les yeux.

Un garde-champêtre étonnerait bien aujourd’hui ceux qui font battre des coqs, s’il leur déclarait procès-verbal pour contravention à l’arrêté de 1852. Tourcoing et Roubaix sont, parmi les villes du Nord, celles où les combats de coqs ont toujours lieu le plus fréquemment. Ils ne sont en usage dans la ville de Lille que depuis qu’elle s’est annexé les villes de Moulins-Lille, et de Wazemmes, et les villages d’Esquermes et de Fives, c’est-à-dire depuis son dernier agrandissement remontant à 1859.

Tout combat ou concours est organisé par une société ou par un cabaretier à ses risques et périls. L’entrepreneur, au moyen d’affiches ou de circulaires envoyées aux amateurs, fait savoir que tel jour, à telle heure et à tel endroit, un concours sera donné. Il indique en même temps la valeur des prix et le montant de la mise qui devra être versée pour chaque combattant. Il peut donc gagner ou perdre, suivant qu’il a plus ou moins d’adhérents; d’ailleurs il compte aussi sur le bénéfice que lui procureront les consommations.

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Avant de prendre part à un assaut, les coqs ont été essayés soit sans armes (lames d’acier), soit avec armes bouchonnées, de sorte que les armeurs, qui sont souvent les éleveurs des animaux, connaissent leur manière de frapper, ce qui est très important pour les armer convenablement. Quelques jours avant le combat, on les exerce comme nous venons de le dire, on les éloigne de leurs poules, on les nourrit de blé, d’orge, de maïs, mais on les laisse à jeun le jour de l’assaut. Certains amateurs leur font boire de la bière, du vin ou de l’eau-de-vie.

Contrairement à ce qui se passe en Angleterre, ici point de pesage, point d’appareillage, ni de numérotage. Un tirage au sort règle l’ordre dans lequel les combattants entreront en lice, et, par suite, il peut arriver, et il arrive, qu’un jeune coq, un poulet de moins d’un an, ait pour adversaire an vieux coq, et qu’un coq de petite taille soit appelé à en combattre un grand. Cela s’appelle combattre plume pour plume.

Toute personne qui doit faire battre, transporte son coq dans un sac d’où on le retire pour le faire armer, et dans lequel on le renferme de nouveau après cette opération, jusqu’au moment où la lutte doit commencer. Il s’ensuit que ce n’est qu’alors que chaque propriétaire de coq voit l’animal opposé au sien par le tirage au sort. Les jurés se placent auprès de l’arène que nous nommons parc; l’un d’eux fait connaître à haute voix les conditions du règlement qui sont toujours ou presque toujours celles-ci :

Le combattant qui reste couché durant trois minutes perd;

Celui qui fuit, sans recommencer le combat, perd également.

Après cette proclamation, les deux armeurs placés au deux extrémités du parc, retirent les coqs des sacs, s’assurent une dernière fois qu’ils sont bien armés et, après leur avoir dit quelques mots pour les exciter (il y en a qui les embrassent), ils les mettent en même temps dans l’arène.

Presque toujours, le combat commence immédiatement. Parfois, cependant, les coqs s’examinent avant de s’attaquer, et il arrive aussi que l’un des champions reconnaissant la supériorité de son adversaire, abandonne la lutte malgré les encouragements de son maître. Dans ce cas, celui-ci ayant perdu la partie, s’emporte, pleure de rage et tue le fuyard. Ce qu’il y a de plus curieux à observer dans ce spectacle, ce sont les intéressés: coqueleux et parieurs. On les voit pâlir, rougir, grincer des dents, rire aux éclats, gesticuler, suivant que le coq pour lequel ils tiennent donne ou reçoit des joutes (C’est ainsi qu’on appelle les coups que se donnent les combattants).

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Il y a des individus qui perdent complètement la tête, et l’on nous a parlé d’un coqueleux qui était tellement animé, tellement surexcité au moment de mettre son coq dans le parc, qu’il y est tombé avec lui, et l’a écrasé. Inutile d’ajouter, n’est-ce pas ? que ce pauvre diable, d’ailleurs plus mort que vif, a été hué et maltraité de la bonne façon.

Les paris, qui sont parfois assez importants, se font généralement de la manière suivante: 15 contre 10; 5 contre 10, etc., etc. Le montant de la mise varie suivant l’importance des prix. Quand le concours est terminé, rien n’est plus facile que de distinguer les vaincus des vainqueurs. Les premiers sont tristes ou de mauvaise humeur, s’irritant d’un mot, d’un geste; les autres, fort joyeux, se moquent presque toujours des perdants, ce qui, souvent, amène un nouveau combat, comme le dit l’arrêté ci-dessus cité, et qui se termine ainsi:

« Considérant que ces spectacles, qui ne sont plus dans nos moeurs, sont souvent la cause de graves querelles et de rixes sanglantes, arrêtons : ART. 1er. — Les Combats de coqs sont interdits, etc. »

Quand on sait que c’est à propos d’un jeu populaire appelé l’Anguille que des troubles ont éclaté on juillet 1886, à Amsterdam, et qu’il y a eu à cette occasion 25 morts et 90 blessés, dont 40 agents de police, on ne s’étonne plus outre mesure en voyant tant de gens se livrer passionnément au sport des Combats de coqs.

A. Desrousseaux.

« Revue des traditions populaires. »  Musée de l’homme, Paris, 1886.

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