Lois contre l’oisiveté

Egypte-travaux

Les Egyptiens faisaient de l’oisiveté un crime d’Etat. Amasis, un de leurs plus grands princes avait établi des juges de police dans chaque canton, pardevant lesquels tous les habitants du pays étaient obligés de comparaitre de temps en temps pour leur rendre compte de leur profession. Ceux qui se trouvaient convaincus de fainéantise habituelle étaient condamnés à mort comme des sujets inutiles.

Afin de leur en ôter tout prétexte, les intendants des provinces étaient chargés d’entretenir chacun dans leur district des ouvrages publics ou ceux qui n’avaient point d’autre occupation étaient obligés de travailler. « Vous êtes des gens de loisir », disaient leurs commissaires aux Israélites, en les contraignant de fournir chaque jour un certain nombre de briques; et ces fameuses pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’objet de l’admiration publique, sont en partie le fruit des travaux de ces ouvriers ramassés, qui autrement seraient demeurés dans l’inaction et dans la misère.

pyramideLe même esprit se remarque dans les anciens Grecs. A Lacédémone, on ne souffrait point de sujets inutiles; les occupations de chaque particulier étaient réglées conformément à ses forces et à son industrie. La même maxime contre l’oisiveté régnait chez les autres peuples de la Grèce. Suivant les lois de Dracon, de Solon et de leurs autres législateurs, il y avait action en crime contre ceux qui en étaient convaincus: ils étaient punis du dernier supplice; l’ordonnance y était expresse. C’était une maxime universelle chez eux que les ventres paresseux étaient partout, comme dans l’île de Crète, de mauvaises et de dangereuses bêtes.

Les anciens Romains ne le cédaient en rien aux Grecs sur ce point. Une des principales fonctions de leurs censeurs était de faire rendre compte à chaque citoyen de la manière dont il employait son temps; ceux qu’ils trouvaient en faute étaient condamnés aux mines ou aux travaux publics. L’inaction n’était point un privilège de noblesse, c’était une note d’infamie et un défaut essentiel, condamné musiciensuniversellement comme directement contraire à toutes les sociétés. Ils ne la toléraient pas même dans les membres du sénat. Un de leurs empereurs, Antonin, retrancha les appointements de plusieurs d’entre eux qui se contentaient de porter la qualité de sénateurs sans en remplir les devoirs, disant que rien n’était plus indigne et plus cruel que de laisser consommer les fonds de la république par des gens qui ne lui servaient de rien.

Les anciens Germains, au rapport de Tacite, plongeaient les fainéants de profession dans la bourbe de leurs marais, et les y laissaient expirer par un genre de mort proportionné à leur genre de vie.

En Chine, on ne souffre point davantage l’oisiveté. On oblige les infirmes à travailler en leur donnant des travaux qu’il leur est possible de faire, même les aveugles et les manchots; ceux qui sont absolument hors de service sont nourris et entretenus aux dépens du public.

« Le Magasin pittoresque. »  Édouard Charton, Paris, 1841.

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