L’âge du troc

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On se plaît à répéter que l’histoire est un perpétuel recommencement. Les artistes l’ont pensé et, allant chercher leurs exemples dans la plus lointaine antiquité, ont voulu y trouver un remède contre les difficultés de l’heure. Il y a déjà plusieurs années que le peintre Henry Ramey eut l’idée de fonder, avec quelques amis, « le Salon des échanges ». Revenant aux usages du troc, aux temps lointains — et bénis — où l’argent et la spéculation n’existaient point encore, chacun aujourd’hui offre donc ce qu’il produit, en échange de ce qu’il désire.

A ses débuts, cette initiative originale fut parfois mal accueillie. Nombreuses furent les personnes qui prétendirent que c’était diminuer l’art. Qu’une production d’essence spirituelle ne devait pas s’avilir jusqu’à aussi affirmativement, devenir une marchandise, au même titre qu’un jambon et un vêtement. Fort bien dit; mais ces belles paroles ne donnaient pas à manger aux artistes.

Le public vint au salon. Les œuvres étaient de qualité; des marchés se traitèrent; ainsi tel peintre qui eut la certitude d’être habillé décemment pendant plusieurs années par un tailleur amateur de sa peinture; tel autre sut séduire un hôtelier et eut ainsi le gîte et le manger assuré; la femme d’un autre obtint des robes qu’elle n’aurait jamais pu se payer dans d’autres circonstances. Ce ne sont pas choses négligeables et les artistes, qui en profitèrent, ne se trouvèrent nullement déshonorés de pouvoir vivre sans avoir recours à la mendicité ou au secours de chômage.

L’année suivante, ils furent plus nombreux à accrocher leurs œuvres à la cimaise, et plus nombreux les amateurs à parcourir les salles.

Aujourd’hui, la coutume est prise et le salon lancé. Il y eut cette année des échanges d’importance. Les vêtements, les bons de repas dans les restaurants furent nombreux; il y eut même des offres pour un cochon et une automobile. Mais on ne sait si des bons d’essence complétèrent l’offre de cette dernière. On vit aussi des régimes de bananes et jusqu’à des gerbes de fleurs « troqués » contre des dessins ou des aquarelles.

Si le pittoresque et la fantaisie s’en mêlent, jusqu’où n’ira pas le Salon des Echanges ?

« Le Monde illustré. » Charles Yriarte, Paris, 1935.

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