La course à la bague en Zélande

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Il n’est pas de fête populaire en Zélande sans course à la bague. Un homme à cheval, armé d’une lance de bois à pointe de fer émoussée, doit enlever l’anneau, tandis que son cheval est lancé au galop. L’arène a cent pas de longueur sur vingt de large. On y sème parfois de la sciure de bois. A l’une de ses extrémités se tiennent les paysans qui vont courir, à l’autre ceux qui ont couru.

Ils sont montés sur de beaux chevaux: tout parait beau par ce clair soleil. Un certain cri: Awortje ! Awortj !  lance, en quelques secondes, ces chevaux d’une extrémité à l’autre du trajet à parcourir.

Un des cavaliers se prépare à courir; tous ses concurrents entonnent un chant d’une mesure très-rapide. En s’élançant dans l’arène, le cavalier pousse des cris sauvages pour animer son cheval. Rapide comme le vent, il enlève l’anneau. Les cris redoublent.

Nous en avons vu passer ainsi plus de trente, et chaque fois que l’un d’eux avait emporté l’anneau, c’étaient les mêmes cris sauvages. Les uns revenaient en se jetant en arrière sur la croupe de leur cheval; les autres s’y asseyaient; quelques-uns s’y étendaient tout du long; j’en ai vu un qui, tombé lourdement de sa monture, s’est relevé avec un grand flegme en disant « Je ne suis pas mort, mais ce n’en est pas plus gai. » Il avait une joue en sang.

On ne peut guère s’imaginer, sans les avoir vus, la pittoresque beauté de ces groupes de cavaliers et de chevaux aux longues crinières ornées de rubans, aux longues queues tressées à la croupe. Quels que soient les mouvements qu’exécute leur cavalier, les paisibles animaux restent immobiles.

Des vieillards sérieux et flegmatiques, calmes, bien portants, regardaient le spectacle. Ils ne pouvaient plus prendre part au jeu, non parce qu’ils étaient vieux ou gros, mais parce qu’ils étaient mariés. L’un d’eux tenait gravement par la main un gamin de cinq ans, vêtu comme lui et qui fumait la pipe, une pipe de terre blanche.

Les groupes se mêlent, les chevaux sont l’un sur l’autre; les bagues sont enlevées successivement, surtout par un tout jeune homme, à jolie tête fine, ferme et expressive. Celui-ci a le grand prix; il reçoit les bijoux, saute à bas de son cheval, se roule dans la poussière et montre une joie folle. On veut le calmer, et pour ce faire on le terrasse; il est couvert d’herbe et de poussière. Il se relève, échappe à ceux qui le poursuivent; il rit, il tourne sur lui-même on l’attrape de nouveau, de nouveau il s’échappe comme une anguille des mains de ses amis; il tire par la jambe l’un de ceux qui sont à cheval remonte sur son coursier, en redescend, lasse ceux qui le poursuivent. C’est le héros de la fête, le triomphant, l’infatigable.

Un seul a l’air penaud et contrit: le plus infortuné jouteur du tournoi. De tous les bijoux, la cuiller de bois, le prix de la maladresse, reste seule, se balançant à l’un des poteaux. Il la regarde tristement. S’échappera-t-il pour fuir la honte et les éclats de rire qui l’attendent ? Non, il reste patiemment sur son cheval. L’exécuteur des hautes œuvres, un grand diable de paysan coiffé d’un chapeau à tout petits bords, l’air à la fois goguenard et sympathique, s’avance vers lui. Le patient l’attend résigné. L’exécuteur détache la cuiller de bois, et la lui pend solennellement au cou.

Le chant continue, les rires éclatent, surtout ceux des femmes, toujours impitoyables pour la maladresse; mais le vaincu reprend vite sa gaieté, son courage, et s’écrie brandissant sa cuiller « Ce sera pour une autre fois ! »

Et puis tous s’en vont danser heureux et malheureux, adroits et maladroits.

« Le Journal de la jeunesse . »  Charles De Coster, paris, 1876.

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