Polichinelle

polichinelles

Vous doutez-vous, mes amis, que Polichinelle, ce joyeux drille, qui vous a tant amusés en rossant le commissaire, quand vous étiez enfant, a toute une histoire ? Il est très vieux; il ne s’est pas toujours présenté sous le même aspect, et, si vous voulez, nous allons vite connaître son histoire, en regardant les figures qu’un artiste, ami des enfants, s’est amusé à réunir sur notre dernière page.

Voyez d’abord ces quatre premières figures, cet homme chauve, pourvu d’un gros ventre; ne reconnaissez-vous pas votre ami ? Les savants ne s’y sont pas trompés, et dans ce personnage, ils ont vu le plus vieil ancêtre de notre Polichinelle. Ce vilain homme, c’était, sur le théâtre ancien, le personnage favori des anciens Romains; on l’appelait alors Maccus; par sa bêtise, sa gourmandise, ses fanfaronnades, il divertissait déjà les spectateurs. Toutes ces figures sont de petites statuettes antiques que l’on peut voir dans nos musées ou dans ceux d’Italie.

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Maccus disparut avec les Romains ; et l’on n’entendit plus parler de lui au moyen âge; cependant peu à peu il reparut en Italie sous le nom de Pulcinella, dont nous avons fait Polichinelle. Avec Pierrot, Arlequin, Colombine, Cassandre et quelques autres, il devint l’un des principaux personnages de la comédie italienne. On appelle de ce nom de petites pièces que des acteurs, portant toujours le même nom, improvisaient devant les spectateurs; ils eurent bientôt tout un répertoire de sujets, qu’ils arrangeaient à leur guise. Au XVIe siècle, quand les Français allèrent en Italie, ils prirent goût à ces jeux; on fit venir des comédiens italiens à la cour de France, et c’est ainsi que Polichinelle émigra dans notre pays.

Mais le Polichinelle de ce temps n’était pas tout à fait semblable à celui que vous connaissez; vous le voyez dans les figures 6, 7 el 10. Dans la figure 6, il a les bosses et le costume bariolé auquel nous sommes habitués; mais, au lieu d’une latte de bois, il tient un gril et une paire de pincettes, instruments avec lesquels il faisait une musique extravagante. Dans les figures 7 et 10, il n’a plus de bosses; mais il a un nez et des moustaches formidables; il est habillé comme un homme du peuple napolitain; c’était Naples en effet le théâtre de ses plus brillants exploits; il tient une épée de bois, avec laquelle il faisait mine de pourfendre tous ses adversaires; ce qui n’empêchait pas d’ailleurs le bravache de fuir à la première alerte; car vous savez que ce mauvais garnement n’a guère de courage qu’en paroles, ou quand il est assuré d’être le plus fort.

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Maccus, Pulcinella, Polichinelle, furent d’abord de véritables acteurs. Puis, au XVIIe siècle, Polichinelle et ses compagnons eurent tant de succès qu’on imagina de faire des marionnettes en bois à leur image, pour pouvoir avec elles amuser les enfants. Voici deux de ces plus anciennes marionnettes (fig. 5 et 8); dans la figure 5, vous voyez les fils qui faisaient mouvoir les bras et les jambes de notre ami; ces ficelles faisaient de lui un excellent danseur; on fui faisait danser la sabotière, danse qu’on appelait ainsi à cause du bruit que faisaient les sabots de bois et les talons de Polichinelle en claquant sur le sol.

Aujourd’hui, ce n’est plus avec des ficelles que l’on fait mouvoir le polichinelle que vous avez vu se trémousser sur la scène de Guignol. Voyez la figure 11; la marionnette n’a qu’une tête et des bras; à son corps est attachée une sorte de jupon, où passe la main de l’homme qui tient la marionnette; les doigts engagés dans la tête et dans les bras, qui sont en plâtre et creux, impriment à la marionnette les mouvements nécessaires. Aussi ce Polichinelle n’a-t-il plus qu’une bosse par derrière, et c’est seulement dans le pantin que montre la figure 12 que vous lui retrouverez ses deux bosses.

polichinelleDe France Polichinelle est encore passé en Angleterre: il y a pris le nom de Punch (fig. 9); mais, dans le voyage, comme vous le voyez, il a perdu ses bosses, ses sabots, son chapeau qu’il a remplacé par un bonnet pointu; il n’a gardé que son grand nez crochu qu’il dissimule sous un vilain masque noir. Cela lui donne un air sérieux et triste qui ne s’accorde guère avec l’idée que nous nous faisons d’ordinaire de notre joyeux Polichinelle: mais cela ne l’empêche pas de faire rire les petits Anglais, comme ses deux camarades font rire les jeunes Français ou les enfants Italiens.

A. Parmentier. « Le Petit Français illustré. »  Paris, 1904.

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