Les crieurs de nuit

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Les Crieurs de nuit, dont le nom indique assez bien l’emploi, appartiennent à urne ancienne institution qui n’est pourtant pas originaire de nos provinces.

Cette corporation, telle qu’elle existait dans les villes des Pays-Bas avant la Révolution et même dans les gouvernements de Hainaut et Cambresis, de Flandre et Artois, est un emprunt fait aux communes allemandes qui en possédaient de tout temps en remontant jusques dans le Moyen Âge , sous le nom de Watch-man. Les Anglais ont emprunté de nom et de fait cette institution qui existe encore aujourd’hui chez eux et assure la sécurité dans Londres durant la nuit.

Pour montrer qu’ils veillaient attentivement a la sûreté publique, les gardes de nuit avaient la mission de parcourir les rues de la ville et de crier de temps à autre: Réveillez-vous, gens qui dormez, priez Dieu pour les trépassés : il est … telle heure !

En 1626, le Magistrat de Mons, à l’occasion de plusieurs larcins successifs qui se commirent de nuit dans la cité, instituèrent ou peut-être rétablirent des gardes nocturnes qu’on appela haniqueneux; ils répétèrent le vieil avertissement: Réveillez-vous, etc., et ils furent maintenus dans leur emploi de crieurs de nuit jusqu’à la fin du siècle dernier.

A Valenciennes, ils existèrent officiellement jusqu’à la première Révolution,, mais même après, leur suppression, et tant que les anciens titulaires vécurent, ils se présentèrent à chaque renouvellement de l’année dans les demeures des habitants pour en obtenir des étrennes, en s’appuyant sur leurs services passés. Ils donnaient, pour se recommander, une petite image, représentant un crieur de nuit, porteur d’une hallebarde dans laquelle était passée l’anse d’une lanterne, et accompagné d’un chien de défense; ces deux gardes nocturnes saisissaient un voleur au moment où il forçait une habitation. Ces petites images grossières, gravées dans le pays, se trouvent encore chez les dominotiers de Valenciennes.

À Douai, en 1789, l’institution des crieurs de nuit existait encore dans toute sa force. On en comptait six, c’est-à-dire autant qu’il y avait de paroisses; chacun d’eux avait la mission de veiller dans le ressort de la paroisse qui le nommait: on connaissait donc le crieur de nuit de S. Pierre, S. Albin, Jacques, Notre-Dame, S. Amé, et S. Nicolas. C’est peut-être l’attaché de l’église, dont relevait chaque crieur et le cri religieux qu’ils proféraient à chaque heure de la nuit, qui ont fait supprimer cette utile et ancienne institution à l’époque de la première révolution.

L’Espagne, si elle ne nous a pas donné les crieurs de nuit, nous les a empruntés pendant l’ère de sa domination sur les provinces unies des Pays-Bas. Cette institution existe encore aujourd’hui dans les villes de la Péninsule sous le nom de serenos. A Saint-Sébastien, et dans d’autres villes des pays basques, on rencontre la nuit dans les rues un homme couvert d’un manteau noir, coiffé d’une perruque à la Louis XV et armé d’une grande lanterne. Ce sereno remplit consciencieusement l’emploi de crieur de nuit: il dit l’heure aux habitants de Saint-Sébastien. Il paraît qu’en Espagne il est rare d’entendre deux horloges sonnant ensemble et ce sont des serenos qui sont chargés d’annoncer l’heure aux naturels du pays. Tel est leur principal emploi auquel ils ajoutent celui de veiller à la propriété d’autrui; mais le feu de leur chandelle influe sur les voleurs autrement que sur les papillons: les premiers s’éloignent et ont toujours soin d’opérer à distance de ces ombres de Diogène.

 « Archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la Belgique.»    MM. Aimé Leroy, le docteur Le Glay et Arthur Dinaux, 1854.

Les Crieurs de nuit

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