Les livres japonais

Une librairie à Yédo
Une librairie à Yédo

II est peu de peuples qui possèdent à un plus haut degré l’amour des livres, et surtout des livres illustrés, que les Japonais. Et l’on peut dire que sous ce rapport ils nous ont non seulement précédés de plusieurs siècles, mais qu’ils nous distancent encore de beaucoup dans certaines branches de cette industrie.Lorsque, il y a une quarantaine d’années à peine, les premiers livres japonais arrivèrent en Europe, leur apparition produisit parmi les bibliophiles un étonnement général. La finesse du papier, l’élégante disposition des caractères eux-mêmes d’une forme si baroque, et enfin, surtout, la profusion des gravures, laissaient en arrière les productions ordinaires de notre industrie.

Depuis, on peut dire que les gravures et dessins japonais ont tellement influencé les dessinateurs européens, qu’il est certains pays, l’Angleterre et l’Amérique entre autres, où les journaux et les publications périodiques paraissent avoir été illustrés à Yédo plutôt qu’à Londres ou à New- York. Le livre japonais dépasse rarement par lui-même l’importance de la brochure, et ses gravures occupent presque toujours une place supérieure au texte. Ces gravures, d’un dessin si remarquable, sont illuminées, par un procédé mécanique, de teintes éclatantes, admirablement combinées et dont le secret échappe à nos coloristes.

On peut dire qu’au Japon, en dehors des gens appartenant au rebut même de la société, tout le monde sait lire et écrire; aussi les livres sont-ils fort nombreux et fort goûtés du public. La ville de Yédo, la capitale commerciale de l’empire, possède de nombreuses librairies, où à côté des abécédaires illustrés, des classiques, des recueils de poésies populaires, des chansons, se trouvent entassées des merveilles qui font bondir le cœur de l’amateur européen.

M. Humbert, le savant monographe de l’empire du Soleil-Levant, fait une description enthousiaste d’une de ses visites à une librairie de Yédo:

« Ici, dit-il, c’étaient de vieilles encyclopédies, enrichies de planches qui semblaient être sorties des officines allemandes du moyen âge; là, des albums d’esquisses à l’encre de chine, reproduits sur bois, en fac-simile d’une étonnante énergie, ou des recueils de contes et scènes populaires, ornés de sujets à deux teintes, au moyen de procédés qui nous sont tout à fait inconnus. De nombreuses peintures sur soie et sur papier végétal représentaient les ponts, les marchés, les théâtres, tous les lieux de rendez-vous et tous les types des classes ouvrières et de la société bourgeoise de Yédo. Quel trésor pour l’étude du peuple japonais, que ces croquis inspirés par les scènes de la rue et des jardins publics ! Quelle mine a exploiter que ces liasses poudreuses et maculées, d’ou je sortis cent, deux pièces achevées et cent trente ébauches consacrées exclusivement aux classes de la société des quartiers aristocratiques, des casernes et des bonzeries. »

Léon Dives.

« Le Journal de la jeunesse. »  Paris, 1875.

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