Sur les pas de la reine et du roi d’Afghanistan

Afghanistan Bamiyan. wallpaperstravel.com
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Quiconque a eu l’honneur de s’entretenir une minute avec la reine et le roi d’Afghanistan regrette que ces hôtes séduisants n’aient pas pu prolonger leur séjour en France.

En essayant d’approcher les souverains pour pouvoir parler d’eux aux lecteurs des Annales, nous avons fait une remarque dont nous ne saurions dire qu’elle est originale, car elle s’est imposée à tout le monde; du moins, la formule que nous emploierons présente-t-elle ce mérite qu’elle a été trouvée, paraît-il, par M. Gaston Doumergue. Le président de la République aurait dit, en effet:

La reine et le roi se complètent.

Si l’on veut se rappeler qu’un musulman n’a pas coutume de regarder son épouse comme une égale, on pourra craindre que la phrase de notre président ne déplaise au padishah… Qu’on se rassure : le padishah sera très heureux. Bien plus, il est prêt, chevalier moderne, à tirer l’épée contre quiconque prétendrait le rappeler au mépris qu’un bon mahométan doit au sexe faible. Ne l’a-t-il pas prouvé quand il mata, deux fois, des insurrections provoquées par quelques Afghans de la vieille école qui ne lui pardonnaient pas d’avoir émancipé leurs compagnes ?

Sourya
Sourya

Les protestataires se sont inclinés: tout comme s’étaient inclinées les deux grandes puissances étrangères auxquelles le courageux Amanoullah, dès son avènement, en 1919, avait fait comprendre qu’il était assez fort, assez grand pour gouverner son pays, tout seul.

Tout seul… Non: il préférerait qu’on dît : « Pour gouverner avec sa royale épouse. » N’entendez pas qu’il associe la reine aux décisions qu’il a le devoir de prendre lui-même. Le roi est, avant tout, un soldat, brave, énergique, expéditif, tout le contraire, enfin, d’un chef hésitant. Mais il ne voudrait certainement pas souscrire à la définition du philosophe allemand: « L’homme est le guerrier ; la femme est la distraction du guerrier. »

Guerrier, il l’est, et, tout guerrier qu’il est, il voit en sa femme la poésie de sa vie; il l’aime non seulement parce qu’elle est ravissante, mais parce que la pensée et l’activité de la reine « complètent » sa pensée propre, son activité propre.

Lorsqu’il reçut, avec sa gracieuse épouse, les jeunes Afghans qui font leurs études à Paris, le roi leur dit ces mots…

Moi, votre père à tous, et la reine votre mère, nous vous aimons, et il nous tarde que vous reveniez dans notre chère patrie.

Puis, il leur donna l’accolade et la souveraine embrassa les quarante étudiants sur les deux joues, maternellement.

Maternellement: cette jeune femme, qui n’a pas trente ans, a donné le jour àroi-reine sept enfants, qu’elle entoure de sa sollicitude, sans négliger pour cela toutes ses œuvres sociales créées au lendemain de la guerre d’Indépendance, au cours de laquelle on la vit soigner les blessés sur les champs de bataille.

En regardant et en écoutant la collaboratrice d’Amanoullah, on ne peut se défendre de penser qu’elle était née pour porter une couronne, et la porter avec cette noblesse simple et gracieuse qui est l’apanage des véritables reines; je veux dire celles des contes de fées.

C’est peu d’être élégante et jolie; c’est peu d’avoir de beaux yeux sombres, de longs cils, un profil de médaille d’argile, une bouche pure, un teint mat et pourtant clair, une physionomie expressive. Encore faut-il savoir sourire à point, redevenir grave au moment voulu et répondre intelligemment, ce qui n’est pas facile quand on ignore la langue du pays.

M. Gaston Doumergue avait entrepris d’apprendre le français à la reine. Chaque fois qu’il la revoyait, il lui demandait:

Eh bien ! notre leçon ? Où en sommes- nous ?

Amanoullah Kahn
Amanoullah Kahn

La reine répétait les quelques mots que le président lui avait appris lors de leur entrevue précédente; si elle avait pu demeurer plus longtemps parmi nous, elle aurait fait de rapides progrès. Mais l’insuffisance de son vocabulaire ne l’a pas empêchée de dire son admiration pour la France et pour Paris; quand elle n’avait pas d’interprète auprès d’elle, un jeu de physionomie, un geste, un regard, lui permettaient de s’exprimer avec autant de délicatesse que d’à-propos.

Cette reine éminemment femme est aussi une femme savante; on le devine, dès qu’on l’approche; et, pourtant, elle n’essaie pas plus de montrer sa culture, qu’elle ne prétend à exercer un rôle politique ou intellectuel.

La douce influence de la reine ne doit pas être étrangère à l’ardeur avec laquelle Amanoullah s’efforce de développer la culture intellectuelle dans son pays, où il a fondé, avec la collaboration de professeurs français, des centres d’études et où il a fait élever un monument figurant le triomphe de la Connaissance sur l’Ignorance.

Un beau monument, nous dit-on. Mais est-il plus beau que ce couple royal: le guerrier vainqueur et la culture victorieuse ?Voilà deux figures allégoriques qui « se complètent », mais qu’on voit plus souvent sur les bas-reliefs d’un Panthéon qu’à la tête des Etats… L’exception confirme la règle.

Raymond Millet.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Adolphe Brisson, Paris, 1928.

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