Le suicide légal des Japonais

 seppuku

Tous les Japonais sont égaux devant la loi, c’est-à-dire que la faveur n’empêche aucun d’eux de rendre compte à la justice des crimes qu’il a pu commettre. Toutefois, leur condamnation à mort une fois prononcée, les membres de certaines classes jouissent de la singulière prérogative de l’exécuter eux-mêmes en s’ouvrant le ventre devant témoins ( seppuku).

Les grands dignitaires, les employés de l’Etat, les militaires sont dans ce cas, et l’on conçoit qu’il y ait une sorte de point d’honneur, pour eux, à éviter, par ce « suicide légal », la flétrissure qu’imprime toujours la main du bourreau. Afin d’être toujours en mesure de se rendre à l’invitation qui peut leur être envoyée d’en haut, ceux qui jouissent de la faveur de pouvoir se tuer eux-mêmes ont avec eux l’appareil nécessaire, et le portent à leur suite toutes les fois qu’ils se déplacent pour un voyage. Cet appareil se compose d’une robe de deuil blanche, d’un vêtement de cérémonie fait de toile de chanvre qu’on doit porter sans armes, enfin de tentures blanches qui garniront l’extérieur de la maison, au lieu des pavois de couleur armoriés que les grands personnages ont coutume d’y tendre d’ordinaire.

Dès que l’ordre de la cour a été signifié au coupable, celui-ci invite ses amis pour le jour fixé et boit avec eux le sakki ou eau-de-vie de riz, puis il prend congé de tous et sa sentence lui est lue de nouveau. Le héros de cette scène tragique fait ensuite une sorte de discours ou de compliment, après quoi il baisse la tête vers la natte, et, tirant son sabre, il s’en donne sur le ventre un coup en travers qui doit pénétrer jusqu’aux entrailles. Un de ses serviteurs affidés, qui se tient derrière, lui tranche alors la tête. Ceux qui veulent montrer un plus grand degré de courage se donnent, après le coup en travers, un second coup en long, puis un troisième à la gorge. Un pareil châtiment n’a rien de déshonorant. Le fils succède à son père dans l’emploi qu’il occupait et hérite de ses biens. Quiconque se sent coupable de quelque crime et craint d’être découvert se tranche le ventre également pour sauver à sa famille les suites fâcheuses d’une information judiciaire.

Cet usage est si commun que c’est à peine si l’on y fait attention. Dans leur jeunesse, les fils de tous les gens de qualité s’exercent pendant cinq à six ans pour s’en acquitter au besoin avec grâce et dextérité, et se faire par là une réputation. Ils s’y appliquent avec autant d’ardeur que nos jeunes gens à tel ou tel exercice du corps; ce qui leur inspire, dès leur tout jeune âge, un profond mépris de la mort. Aussi la préfèrent-ils à la moindre insulte. Ce mépris de la mort s’étend, chez les Japonais, aux dernières classes de la société.

Le musée universel.  O. Renaud, A. Ballue, Paris, 1873.

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