Peigneurs de chanvre en Normandie

peigneurs de chanvreVulgairement connus sous le nom de filassiers, les peigneurs de chanvre quittent la Basse-Normandie dès les premiers jours de novembre. Leur petit sac de voyage sur le dos, un gros bâton noueux à la main, ils font gaillardement la route à pied, trente ou quarante lieues, vivant de peu, car les peigneurs de chanvre sont gens sobres et économes, et, en même temps que les brumes, se présentent aux ménagères de la Haute-Normandie.

Ils sont toujours attendus avec impatience, et, partant, accueillis avec joie. Les enfants surtout les aiment, et, pour ma part, je me souviendrai toujours de ces lointains amis de mes jeunes années. Ils connaissent tant d’histoires, naïves ou terribles, et l’enfance est si amoureuse du merveilleux ! Et les chansons rustiques de leur pays ! J’étais tout oreilles, le soir, au coin de l’âtre, quand ils entonnaient quelques-uns de ces airs normands, simples, doux à l’âme, et qu’un mystérieux écho m’apporte encore après plus de trente ans.

Pendant l’été, les ménagères ont cueilli le chanvre; elles l’ont soumis au rouissage, puis fait sécher. Dans le courant d’octobre le chanvre ainsi préparé a été broyé.

Maintenant, à l’oeuvre les peigneurs de chanvre !

Le matin, avant l’aube, ils sont debout. Voyez-les, haletants, couverts de sueur, le métier est rude, travaillant sans trêve, sans relâche, jusqu’à une heure assez avancée de la soirée. Et cela dure de quatre à six semaines, quatre à six semaines bien remplies.

Voilà donc le chanvre bien peigné, bien lisse. Les filassiers, leur sacoche pleine, harassés, mais contents, vont partir. Ils iront célébrer dans leur Basse-Normandie la Noël, le jour de l’an et la poétique fête des Rois. La séparation n’a pas lieu sans qu’il y ait des larmes dans la voix, des larmes dans les yeux.

A l’année prochaine, bons et vaillants peigneurs !

En attendant, les fuseaux vont entrer en jeu, la navette du tisserand va voler légère et rapide, puis au printemps prochain, nos ménagères montreront avec orgueil le linge longuement, laborieusement amassé et rangé avec un ordre admirable dans l’armoire traditionnelle.

Alexandre Massé. Bureaux de la Mosaïque.  Paris, 1874. 

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Une réflexion sur “Peigneurs de chanvre en Normandie

  1. j’ai eu un sentiment sur ce texte superbe d’autrefois, celui où tout le monde était « utile » et avait une place dans l’histoire de l’autre, le travail y était pourtant rude, le sourire et mm qu’avec quelques pièces, la réjouissance se lisait en souhaitant la Bienvenue…

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