Le compteur kilomètrique chez les Romains

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Voici, dit Vitruve, une invention qui, si elle n’est pas des plus utiles, est au moins une des plus ingénieuses que nous aient laissées les anciens; je veux parler du moyen d’arriver à connaître combien on a fait de milles, soit dans une voiture, soit sur un bateau.

Le voici: les roues du char doivent avoir quatre pieds de diamètre, afin que, d’après une marque faite à l’une des roues, à laquelle elle aura commencé de tourner sur la terre, on puisse connaître d’une manière certaine qu’en revenant au point où elle s’était mise à marcher, elle a parcouru un espace de douze pieds.

Cela fait, on attachera solidement, au moyen de la roue du côté inférieur, un tympan ayant une petite dent qui excède sa circonférence au-dessus de ce tympan. Au corps de la voiture, on fixera une autre boîte contenant un autre tympan posé perpendiculairement et traversé par un petit essieu. Ce tympan doit avoir, à sa circonférence, quatre cents petites dents également espacées, qui se rapportent à la petite dent du tympan inférieur. De plus, le tympan supérieur doit avoir, à une de ses parties latérales, une autre dent qui s’avance en dehors de celles qui sont à sa circonférence.

Il faudra encore renfermer, dans une autre boite, un troisième tympan placé horizontalement et ayant, comme le second, quatre cents dents, se combinant avec la dent seule qui aura été fixée à la partie latérale du second tympan.

Dans ce troisième tympan, on fera autant ou un peu plus de trous que la voiture pourra faire de milles en un jour. Dans chacun de ces trous on mettra un petit caillou rond, et dans l’étui ou boite qui contient ce tympan, il y aura une ouverture débouchant sur un petit canal par où ces petits cailloux qui auraient été mis dans ce tympan, arrivés en cet endroit, pourraient tomber l’un après l’autre, par le corps de la voiture, dans un bassin de métal qui sera placé au fond.

Ainsi, lorsque la roue du char, dans son mouvement de rotation, emporte avec elle le tympan d’en bas, et que la dent, frappant à chaque tour une des dents du tympan supérieur, le fait tourner d’autant, il arrive que les quatre cents tours du premier tympan ne font faire qu’un tour au second, et que la petite dent latérale ne fait avancer que d’une dent le tympan horizontal. Ainsi, pendant que le premier tympan, avec ces quatre cents tours, n’en aura fait faire qu’un seul au second, la voiture aura parcouru un espace de cinq mille pieds, c’est-à-dire d’un mille (mesure itinéraire romaine). 

Le bruit que fera chaque caillou en tombant avertira donc qu’on aura avancé d’un mille, et le nombre de ceux qu’on ramassera au fond du vase fera connaître de combien de milles sera la route parcourue. Pour appliquer ce système à la navigation, il suffit de faire passer à travers les flancs du vaisseau un essieu dont les extrémités saillantes au dehors portent des roues de quatre pieds de diamètre, ayant autour de leur circonférence des aubes qui touchent l’eau. 

On voit par ce qui précède que Vitruve, qui vivait, seIon l’opinion commune, avant l’ère chrétienne, attribuait déjà aux anciens (a majoribus traditam, léguée par les ancêtres) l’idée du compteur kilométrique.

La figure que nous empruntons à l’édition de Vitruve, faite à Venise en i567, traduit assez fidèlement la description de l’auteur latin.

 La Mosaïque.   Paris, 1873.

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