La presse du Times

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presse Walter

En lisant les vieux contes dans lesquels il est parlé de bonnes fées et de génies bienfaisants, quel est l’enfant qui n’a pas souhaité de vivre au temps du prince Charmant et de la Belle aux cheveux d’or ? Quel est l’enfant qui ne s’est pas senti le coeur gros en apprenant plus tard que tous ces beaux rêves n’étaient que des rêves, et que les talismans existaient seulement dans l’imagination des conteurs ?

Et pourtant, en réalité, les fées ne se sont pas envolées. Il est loisible à tout le monde d’assister aux prodiges qu’elles multiplient autour de nous.

Bien plus, les fées se sont perfectionnées avec le temps. Leur puissance est beaucoup plus considérable qu’autrefois, et leurs baguettes agissent d’une façon plus efficace. D’ailleurs, cela était nécessaire pour notre temps où le nombre des privilégiés diminue et où nous voulons tous avoir la puissance d’Aladin. Que pourraient faire les pauvres petits talismans des Mille et une Nuits pour satisfaire tous nos désirs. Le tapis magique, qui s’envolait de Bagdad et déposait quelques secondes après son maître à Bassorah, suffirait-il pour nous transporter tous où nous voulons aller ? Non certes. Aussi, la grande Fée contemporaine a-t-elle mis à notre portée mieux qu’un tapis à deux places. Elle nous a donné le chemin de fer, cette invention qui semble vraiment tenir de la magie.

Si l’on veut bien regarder autour de soi, on ne verra que des exemples, semblables de la bonté des Génies modernes. La Mécanique, surtout, nous comble de ses faveurs et elle accomplit pour nous des travaux extraordinaires. Aussi célèbre-t-on sa gloire par de grandes expositions où l’homme, se plaît à réunir toutes les marques de ses bienfaits pour mieux lui rendre hommage.

C’est à Londres, dans une de ces fêtes, que nous avons vu fonctionner la presse du Times avec une précision et une rapidité vraiment féeriques. Malgré le nombre de ses pièces, cette presse est très simple et tout le monde peut se rendre compte de son fonctionnement. Le papier est, placé à l’une des extrémités de l’appareil. Sur nôtre gravure, il se trouve au côté droit. Il forme une longue bande, sans solution, enroulée autour d’un pivot, qui tourne de façon à suivre le mouvement de la presse et à lui fournir continuellement de la matière.the_times

On le voit d’abord passer, dans une série de petits cylindres qui servent à l’humecter légèrement. Après cette préparation, il arrive entre le premier et le second des quatre gros cylindres. Autour du cylindre du haut sont encerclés, dans une forme, les caractères disposés de façon à imprimer sur le côté supérieur du papier quatre pages de texte. L’autre côté recevra bientôt l’impression de quatre autres pages en passant entre le troisième et le quatrième gros cylindres.

Le papier continue sa course et passe entre deux rouleaux plus petits placés au centre de la machine. C’est là que, par un arrangement ingénieux, il est coupé en feuilles formant chacune un journal complet. A ce cylindre sécateur est appliqué un appareil indicateur qui pointe le nombre de feuilles au passage. Après ces deux opérations, les feuilles suivent une pente et viennent tomber alternativement sur deux tables où des ouvriers les reçoivent. De chaque côté de la machine se trouvent des séries de rouleaux qui distribuent l’encre sur les cylindres, après l’avoir pompée dans un récipient placé au-dessous du plancher. Ainsi, dans une seule opération, cette machine prend le papier, l’imprime sur ses deux faces, en faisant cadrer admirablement les caractères du recto et du verso, le coupe et compte les feuilles débitées.

Et il faut voir avec quelle rapidité tout cela se fait. En s’imprimant, le papier traverse la machine avec une vitesse d’environ trois cents mètres par minute. Un rouleau de cinq à six kilomètres est imprimé en moins de vingt-cinq minutes. Une seulepresse livre ainsi 12 000 exemplaires du Times en une heure. Le Times possède quatre machines de ce modèle, qui portent le nom de presses Walter.

C’est en 1862 que M. Walter pensa à perfectionner la presse en employant des rouleaux de papier au lieu de feuilles. De 1868 à 1866, sa machine subit toutes les transformations pour passer de la théorie à la pratique. Trois années s’écoulèrent encore employées à différents essais. A la fin de 1870 seulement, les quatre machines du Times étaient terminées et fonctionnaient comme nous venons de le décrire.

L’impression du grand journal anglais se fait maintenant en moitié moins de temps qu’auparavant et emploie cinq fois moins de personnes.

O. Renaud. in Musée universel, A. Ballue, 1873

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