Les remèdes d’autrefois

médecinMolière a raillé les médecins de son temps. Mais il y eut dans le passé des civilisations où les médecins étaient respectés à l’égal des prêtres. Aussi bien tout n’est-il pas à mépriser peut-être, dans la médecine du passé. Rien ne se crée, pas plus en science qu’ailleurs et savons-nous si les plus belles découvertes médicales d’aujourd’hui n’ont pas été préparées par les recherches souvent naïves des savants d’autrefois ?

Cependant nous possédons aujourd’hui une si étonnante variété, une telle richesse, un tel luxe même de produits pharmaceutiques composés et employés d’une manière rationnelle. et sûre qu’on ne peut s’empêcher desourire devant les remèdes simples ou bizarres que l’on employait autrefois. Ne nous moquons point toutefois. Il en fut parmi eux, dédaignés depuis, qui guérirent quantité de gens.

Dans l’Inde ancienne — premier pays qui se débarrassa de la croyance populaire que les maladies venaient des mauvais esprits el que le meilleur moyen de les combattre était les pieuses invocations et les sortilèges — c’étaient les médecins eux-mêmes qui préparaient, les médicaments, utilisant surtout le miel, le sucre, le salpêtre, l’argent, le plomb et la poudre de pierres fines. Beaucoup de maladies étaient traitées par la diète. L’or passait pour un excellent tonique et s’absorbait par petites feuilles passées au feu et diluées dans des liquides. Contre les fièvres on faisait usage d’ongles et de cheveux en fumigations. Le bois d’aloès réduit en poudre arrêtait les vomissements.

Dans l’Egypte ancienne, il y avait quantité de médecins, mais chacun ne s’occupait que d’une seule maladie. Ils étaient punismédecine de mort, si leur malade succombait après avoir usé d’un médicament prescrit par eux et qui ne se trouvait pas dans un Code de médecine officiel, appelé Livre sacré. Parmi les remèdes bizarres employés alors, il faut citer l’urine d’âne, la résine, les excréments de crocodile, la graisse de vautour.

Dans la chimie ancienne, nous affirme le docteur Coulon, qui se spécialisa dans ces questions, les pierres précieuses réduites en poudre étaient d’un usage fréquent, ainsi que les plantes marines et les éponges. Les ailerons de requin étaient recommandés « pour rendre la force aux paralytiques ». Le fiel d’éléphant éclaircissait la vue, ou mieux encore, des gouttes d’un mélange d’yeux d’éléphant el de lait d’ânesse. La liqueur d’ivoire (ivoire bouilli) était souveraine contre la dysurie et la graisse de chameau contre le rhumatisme. On guérissait les hémorroïdes avec les poils du menton du chameau, brûlés et ajoutés à du vin, la dysenterie avec des cendres de cigales, la folie avec du sang d’âne la phtisie avec du sang de cerf.

C’est la Grèce qui fut le véritable berceau de la thérapeutique. A son origine, cette science fut aux mains des prêtres. Ils faisaient graver dans leurs temples le nom des malades qu’ils avaient guéris el la recette employée par eux. Soucieux de ces bonnes réclames, ils chassaient impitoyablement des temples les malades désespérés. Pythagore fit faire un pas immense à l’étude des médicaments, et après lui Hippocrate qui créa « l’art d’observer les malades ». A côté de nombreux remèdes. encore en usage, il faut citer: l’ail pour faire suer, l’écorce de chêne comme astringent, la laitue pour faire dormir, le chardon contre le cancer, le vin de grenade contre la fièvre, les cloportes concassés et cuits dans l’huile rosat contre les maux d’oreilles. Aux temps d’épidémie, les Grecs purifiaient l’air de leurs maisons en brûlant de la myrrhe, de l’encens ou de la résine et dans les rues, allumaient de grands feux où ils jetaient toutes sortes de fleurs.

médecineA Rome, la médecine fut longtemps négligée et méprisée comme un art frivole. Une simple routine suffisait. Plus tard, quand le peuple fut tombé dans le luxe et la corruption, il recourut aux médecins. C’est un certain Archagatus qui, le premier, eut l’idée d’employer le fer et le feu dans les opérations chirurgicales. On le lapida.

Parmi les remèdes bizarres employés à Rome, il faut signaler: un sel fait de vipères brûlées, contre l’embonpoint, la salive de loup dans du vin blanc contre la colique, le fumier de colombe appliqué sur la tête contre la phtisie.

En France, au moyen âge, la médecine resta longtemps aux mains des sorciers. Leurs habituels moyens de guérir consistaient en signes cabalistiques, en conjurations, sortilèges, philtres, talismans, anneaux magiques, amulettes, etc. Grâce aux moines, néanmoins, la thérapeutique se débarrassa de ces imbéciles superstitions et devint peu à peu une science sérieuse, véritablement efficace.

Voici quelques-unes des recettes de ce temps-là, choisies parmi les plus pittoresques:

contre la teigne, applications de fiel de bœuf et de vinaigre; contre la calvitie, poudre de mouches et de noisettes mêlée à du jus de cerfeuil; pour se faire pousser les cheveux, se laver avec une décoction de feuilles de hêtre; contre les maux d’yeux, de la chélidoine ou de la verveine mêlée à du lait de vache; contre les maux des sourcils, un cataplasme d’œufs durs; pour se maintenir les yeux clairs, un cataplasme de fraises écrasées dans du miel chaud; contre les paupières qui collent, application de sang d’anguille et de gingembre; contre les piqûres d’abeille, application de feuilles de la mauve; contre les écrouelles, friction d’huile dans laquelle a frit un lézard; contre les blessures aux yeux, application d’un morceau de drap trempé dans du blanc d’oeuf et du jus d’aigremoine; contre le panaris, tremper le doigt malade dans un oeuf mollet; contre les maux de ventre, boire bien chaude de la bière, où a infusé de l’absinthe; contre le mal de vessie, de la purée de fèves mêlée de menthe; contre tous les maux d’yeux, application de limaces cuites à l’eau; contre les glandes, de la cendre de trognons de choux, etc., etc.

Les remèdes actuels sont plus compliqués. Et soyons justes pour nos docteurs, ils sont aussi plus rationnels. Mais n’oublionssorcier_indien pas le revers de la médaille. Ils sont aussi, bien souvent, plus dangereux.

Quoi qu’il en soit, il était intéressant de jeter un coup d’oeil sur les guérisseurs et les moyens de guérir dans le passé. Et ces renseignements sommaires nous montrent au moins, qu’à travers toutes les époques, les hommes se sont appliqués de leur mieux à conjurer non seulement le mauvais sort, mais encore la mauvaise santé.

Ma revue. Hebdomadaire illustré …  Paris, 1907.

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