La maison d’en face

800px-edouard_willmann_paris_1860Edouard Willmann Paris 1860

Quelqu’un, un docteur de la rue de la Monnaie, a constaté qu’il mourait une personne par mois dans cette maison maudite offerte au rabais par un propriétaire navré et logé bien loin de là. Il n’y grouillait pas moins, de trimestre en trimestre, une cinquantaine de locataires, de bien pauvres diables, qui ignoraient le fait en arrivant ou qui le bravaient stoïquement, en raison du bon marché.

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La maison d’en face, avait fini par être presque abandonnée, à cause du continuel spectacle de ces enterrements de dernière classe. Quel architecte jettatore avait jadis bâti ce permanent hôpital, si connu des croque-morts qu’ils n’avaient qu’à laisser, tout prêt à l’accrocher, leur petit drap noir caché derrière la porte ? Un jour on l’a volé cet affreux drap ! Qu’aura-t-on osé en faire ? s’en habiller ? porter vivant ce qui avait servi à recouvrir tant de morts ? horreur et sacrilège ! Il y a des gens capables de tout … et du reste ! Le docteur … suppose qu’il s’exhalait des fondations de cette maison véritablement mortuaire des miasmes délétères qui en empoisonnaient l’air difficilement renouvelé. C’est plus raisonnable que de croire à la jettatura, malgré tout ce que des gens sérieux en racontent à Paris, à propos de diverses personnes très connues et très suspectes.

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La veille du jour où l’arrêt d’expropriation livrait cette maison aux marteaux vengeurs qui y avaient cloué tant de cercueils, un homme y mourut encore, et si fatalement qu’on ne s’étonna point, huit jours après, d’un autre accident dont ont parlé les journaux, bien qu’il fût vrai; accident par lequel un pauvre manoeuvre fut écrasé par un tombereau chargé de plâtras.

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« — Vous verrez que l’espace qu’occupa cette maison pourvoyeuse de cimetières, espace devenu fragment de voie publique, sera perpétuellement signalé par toutes sortes de chocs, bris de voitures, gens culbutés, vitrines défoncées et autres événements de voirie ! » nous disait un croyant, qui, pour rien au monde, ne se hasarderait a franchir la rue de Rivoli sur ce point.

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 » La Féérie illustrée : nouveau Cabinet des fées  »  Dutertre, Paris, 1859.

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3 réflexions sur “La maison d’en face

  1. joli sujet, les maisons maudites et les ombres portées par ces malédictions… je ne connais pas Duteurtre, mais j’en profite pour signaler le pas trop connu « rue des maléfices » du pas assez connu Jacques Yonnet, réédité chez Phébus en2004 et qui raconte ….(enfin, je ne vais pas raconter ce qu’il raconte, il vaut mieux allez y voir par soi même !).

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      1. Je ne vends pas « chat en poche », mais je pense qu’il pourrait vous plaire
        pour mystifier l’administration postale, Yonnet, graveur hors pair, dessinait des timbres fictifs (mais vraisemblables) directement sur les enveloppes…. qu’il s’adressait, pour ne pas mettre un autre destinataire dans l’embarras, au cas ou…

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